Ibrahim Mahama
Bâtisseurs

Ibrahim Mahama construit des infrastructures artistiques à Tamale

À Red Clay, près de Tamale, dans le nord du Ghana, des avions retirés du service sont devenus des salles de classe. Des enfants viennent y découvrir le vol, l’ingénierie et l’informatique, dans des espaces où les objets industriels se transforment en outils d’apprentissage.

Brief 54
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Le projet est porté par l’artiste Ibrahim Mahama, dont la carrière internationale contribue à financer des infrastructures culturelles dans sa région natale.

À travers le Savannah Centre for Contemporary Art, Red Clay et Nkrumah Voli-ni, Mahama crée des lieux où les artistes peuvent travailler, où la mémoire peut être préservée et où les publics locaux peuvent rencontrer des idées qui resteraient autrement hors de leur portée.

Prolonger une pratique artistique par des institutions

Les installations de Mahama utilisent des matériaux marqués par le travail et les échanges, notamment des sacs de jute ayant servi au transport du cacao et du charbon. Son intérêt pour les histoires que portent les objets, et pour ce que peuvent devenir les structures abandonnées, nourrit également sa manière de construire des institutions.

Le Savannah Centre for Contemporary Art, ou SCCA, ouvre en mars 2019. Red Clay suit en septembre 2020, réunissant l’atelier de Mahama et des espaces d’exposition, de recherche et d’éducation. En avril 2021, Nkrumah Voli-ni ouvre dans un ancien silo à grains, donnant un usage culturel à un autre vestige de l’histoire industrielle ghanéenne.

Ces lieux accueillent aussi le travail d’autres artistes. Le SCCA a présenté des rétrospectives de Kofi Dawson en 2019 et d’Agyeman Ossei en 2020, consacrant à leurs pratiques un travail approfondi de recherche et de mise en perspective. L’intérêt dépasse les expositions elles-mêmes : documenter et interpréter les générations précédentes aide les jeunes artistes à comprendre l’histoire dans laquelle leur propre travail s’inscrit.

Faire de l’accès une composante du programme

La démarche de Mahama repose sur ce qui se passe à l’intérieur des bâtiments, mais aussi au-delà. Reuters a documenté les séances éducatives gratuites organisées à Red Clay, consacrées notamment aux bases de l’ingénierie et à l’informatique. Les avions offrent un cadre inhabituel, mais l’objectif est concret : permettre d’explorer des technologies jusqu’alors peu familières.

Des interventions prolongent ce travail dans les communautés environnantes. En 2023, Frieze a relaté une conférence donnée par Mahama en dagbani dans une école primaire près de Kumbungu. La chanteuse Kokui Selormey l’accompagnait pour animer un atelier musical. Le même reportage présentait le commissaire d’exposition Selom Kudjie comme directeur artistique du SCCA, soulignant le rôle des collaborateurs dans l’élaboration des programmes.

Pour les artistes, ces espaces offrent des possibilités de recherche, de résidence et d’exposition. Pour les visiteurs locaux, ils rendent l’art contemporain accessible près de chez eux. Leur valeur tient en partie à cette continuité : un lieu peut accueillir des visites répétées, des conversations et des expérimentations bien après la fermeture d’une exposition.

Réinvestir localement une réussite internationale

Le modèle de financement relie la carrière artistique de Mahama à ces activités ouvertes au public. Il explique utiliser les revenus de ses expositions et de ses ventes pour construire les institutions. Dans un entretien publié par Art Basel en 2026, il estimait leur consacrer environ un cinquième de ses revenus, notamment à travers des ateliers et des programmes destinés aux communautés. Il s’agit de sa propre estimation, et non d’un budget institutionnel audité.

Les coûts de fonctionnement influencent aussi l’architecture. Mahama a expliqué comment la ventilation passive et les briques apparentes limitent les besoins de climatisation et les travaux réguliers de peinture. Les choix de conception soutiennent ainsi l’ambition de maintenir de grands espaces en activité dans la durée.

Le défi à plus long terme consiste à préserver les programmes, les compétences et l’accès aux lieux au-delà de chaque cycle d’exposition. Le travail de Mahama porte déjà une proposition claire : une réussite artistique internationale peut financer des ressources dont d’autres bénéficient. À Tamale, cela prend la forme de lieux pour étudier, créer, exposer et débattre, capables de soutenir des parcours artistiques qui n’ont pas encore commencé.

Sources :

APALAZZOGALLERY, “Ibrahim Mahama” APALAZZOGALLERY

Frieze, “How Ibrahim Mahama’s Installations Exhume Political Ghosts” Frieze

Frieze, “Three Institutions Redefining Art in Tamale” Frieze

Reuters via MyJoyOnline, “Education takes flight under Ghanaian artist’s repurposed planes” MyJoyOnline

Art Basel, “Ibrahim Mahama digs up the past to build new futures” Art Basel