Driss Slaoui développe Welovebuzz au-delà d’une seule marque média
Welovebuzz est né comme un média destiné aux jeunes. Sa dernière initiative suggère que Driss Slaoui cherche désormais à construire quelque chose de plus large : une entreprise médiatique marocaine capable de réunir plusieurs publics distincts, plutôt que de s’appuyer sur une seule marque phare.
En septembre 2026, Welovebuzz a pris une participation non divulguée dans le capital de 532, un média marocain consacré au football, fondé en 2021 par Adam Guennouni, Mohamed Mahsoun, Chadi Mouchtakir et Yassine Agourram. Les fondateurs restent actionnaires et Guennouni conserve son poste de directeur général.
Au-delà de l’opération financière, ce rapprochement révèle surtout la direction que Welovebuzz souhaite prendre.
D’une marque destinée aux jeunes à un portefeuille de médias
Slaoui a fondé Welovebuzz en 2010, alors qu’il était adolescent. L’entreprise s’est développée grâce à sa compréhension de la culture numérique des jeunes Marocains et à sa capacité à diffuser des formats largement partagés sur les réseaux sociaux. Welovebuzz affirme que son portefeuille de médias rassemble désormais plus de 14 millions d’abonnés et génère plus de quatre milliards de vues vidéo par an, à travers Welovebuzz, Welovebuzz News et xProjekt.
L’investissement dans 532 ajoute une spécialisation dont le centre de gravité est différent : le football.
532 revendique plus de deux millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et plus de 200 millions de vues mensuelles. Le média a travaillé avec des acteurs comme la Botola Pro, LaLiga, la Ligue 1 et l’Eredivisie. Pour Welovebuzz, cela signifie entrer dans un secteur où la passion des publics, les droits, les partenariats de marque et la préparation de la Coupe du monde 2030 peuvent créer de nouvelles opportunités commerciales.
Surtout, Welovebuzz n’intègre pas 532 à sa propre identité éditoriale. Les fondateurs restent dans l’entreprise et Guennouni en conserve la direction. La logique semble être celle d’un portefeuille : soutenir une marque média spécialisée, qui possède déjà sa voix et sa communauté, puis mobiliser les ressources du groupe pour l’aider à développer ses équipes, ses formats et ses revenus.
Diversifier les publics sans effacer les identités
Ce modèle mérite l’attention dans le paysage des médias numériques africains.
Beaucoup de médias indépendants se développent autour d’un fondateur charismatique, d’un public et d’une identité de diffusion uniques. Cette approche peut donner naissance à des marques fortes, mais elle concentre aussi les risques. Les changements des plateformes peuvent réduire la portée des contenus. Les goûts des publics évoluent. Les annonceurs cherchent à toucher différentes communautés. Un portefeuille offre davantage de moyens d’atteindre ces audiences, sans faire passer tous leurs centres d’intérêt par une même publication.
Le parcours de Slaoui a déjà été marqué par les évolutions des plateformes. D’abord conçu pour le web, Welovebuzz s’est fortement orienté vers les réseaux sociaux et la vidéo, tout en construisant un modèle commercial autour des contenus de marque et des jeunes publics. Dans un long entretien publié en 2025, Slaoui abordait l’économie des médias, les changements de formats et de langues, la dépendance aux plateformes et les ambitions de l’entreprise au-delà de sa première phase de développement.
L’opération avec 532 donne à cette évolution une traduction plus concrète dans la stratégie de l’entreprise.
Transformer la passion du football en activité durable
Le football présente un intérêt particulier, car il dépasse le cadre d’une simple rubrique éditoriale. Au Maroc, les opportunités commerciales s’inscrivent dans un ensemble dense de clubs, de championnats, de joueurs, de sponsors, de créateurs et de produits dérivés, porté par une attention internationale croissante. Alors que le pays se prépare à coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, les publics spécialisés dans le football devraient susciter davantage d’intérêt de la part des médias et des marques.
Cela ne garantit pas la réussite de l’investissement. Une audience importante ne se traduit pas automatiquement par des revenus durables, et ni la valeur de l’opération ni la participation exacte de Welovebuzz n’ont été divulguées. Le travail le plus exigeant consistera à transformer cette attention en offres commerciales récurrentes, sans affaiblir l’identité éditoriale qui fait la valeur de 532.
La direction prise reste néanmoins significative. Slaoui ne construit plus seulement Welovebuzz comme une marque média. Il commence à le développer comme un groupe.
Pour les fondateurs de médias numériques africains, ce parcours soulève une question utile : une fois qu’une publication maîtrise la construction d’une audience et sa distribution, l’étape suivante consiste-t-elle simplement à agrandir la marque d’origine, ou à utiliser ce savoir-faire pour créer et soutenir plusieurs médias spécialisés ?
La réponse pourrait façonner la prochaine phase de développement des médias indépendants africains.
Sources :
Médias24, « Welovebuzz entre au capital du média 532, spécialisé dans le football »
Welovebuzz, « Voici comment Welovebuzz a été créé depuis une chambre d’université »
Next Wave, « #25 Driss Slaoui (Welovebuzz) : créer le média #1 des jeunes »





